Les différentes autorités discutent encore pour trouver une solution afin de réguler l’afflux de touristes pendant la saison.

Le début de la saison, avec son lot de croisiéristes, a vu les cinq petits villages ligures saturés par l’arrivée de millions de touristes pendant les récents ponts et week-ends.

Peut-être avez-vous vu sur internet les images des quais de gares où l’attente ressemble plus au métro londonien qu’à de paisibles localités de bord de mer, certains stationnant même au-delà de la ligne jaune de sécurité.

La maire de Riomaggiore, Fabrizia Pecunia, a donc tiré la sonnette d’alarme :

« Ce sont des décisions qu’on ne peut désormais plus reporter. Nous n’avons plus le temps ! »

Encore une fois cette année le débat est relancé : il faut accueillir les touristes en allant vers un tourisme éco-responsable, éviter la saturation des villages, permettre aux visiteurs une permanence agréable mais aussi faire en sorte que la vie des habitants, sept fois moins nombreux que les touristes, ne devienne pas un enfer.

Pourtant les différentes autorités au sein même des villages, ne sont pas d’accord sur les mesures à mettre en place.

Mais elles se retrouvent sur un point : pas question de mettre en place un numerus clausus pour réguler les flux.

Numerus clausus aux Cinq Terres : pourquoi pas?

On n’aime pas l’expression « numerus clausus » aux Cinq Terres !

C’est pourtant ce vers quoi l’on tend.

D’aucuns diront que c’est fastidieux, que les touristes passeront leurs chemins si c’est aussi compliqué de venir et de programmer ses visites.

Les touristes responsables comprennent pourtant les enjeux de telles mesures. En régulant le trafic le touriste y gagnera. Cela lui permettra de vivre une expérience positive, dont il gardera un souvenir inoubliable et il conseillera ensuite l’endroit autour de lui.

Cela mettrait fin aux queues interminables, aux attentes sur les quais de gare serrés comme des anchois ou aux croisements périlleux sur les sentiers étroits.
On donnerait, par exemple, accès aux sentiers sur réservation à un nombre limité de personnes. Si le sentier est déjà au complet il suffirait de choisir la prochaine date disponible.

Cela permettrait également de conserver la qualité de vie de ces territoires car les Cinque Terre ne sont pas un musée à ciel ouvert, ni même un parc d’attractions mais des villages habités.
Il faut donc trouver un équilibre entre le tourisme et ceux qui vivent et travaillent dans ces villages.

Autre exemple, l’instauration de la Cinque Terre Card comme unique moyen d’accéder aux villages que l’on arrive en train, en bateau ou bus serait utile afin de comptabiliser correctement les arrivées sur une base journalière.
Ce serait ainsi un moyen de gérer correctement les flux et la solution la plus logique pour entreprendre la sauvegarde du territoire et le bien-être de ses habitants.

On irait ainsi vers un tourisme moins expéditif, les touristes s’arrêteraient sur place quelques jours et les retombées économiques sur le territoire seraient considérables.

« 70% des touristes passent 5 heures dans le parc des Cinq Terres. Le parc ne doit pas devenir un lieu à visiter mais une destination touristique. »

Vincenzo Resasco, maire de Vernazza

Numerus clausus aux Cinq Terres : pour ou contre?

Ce numerus clausus, on le nie, on le dénigre, on ne le nomme pas. Il est pourtant bien là.

Et chacun y va de ses arguments pour proposer des solutions alternatives.

Pour Vincenzo Resasco, maire de Vernazza et de la fraction de Corniglia, l’instauration d’un numerus clausus ne va pas de soi.
Jusqu’à sa récente démission en mars 2019, Resasco a aussi été vice-président du parc, et donc président intérimaire depuis le départ de Vittorio Alessandro en 2017.

« Ne parlons pas de numerus clausus. Nous voulons offrir un accueil de qualité digne de la marque Cinque Terre dans le monde. »

Il veut réfléchir sur les chiffres et les données de la protection civile pour programmer les flux touristiques. Resasco n’exclut pas la possibilité d’avoir recours à des tarifs différenciés pour la Cinque Terre Card, en fonction des périodes d’affluence.

Sur ce point, le maire de Monterosso al Mare, Emanuele Moggia, est d’accord avec lui. Pour lui, empêcher l’accès aux villages ne règlera pas la question.
De même pour la taxe de débarquement, qui n’aurait, selon lui, aucun effet sur la diminution du nombre d’arrivées dans le parc.

Il soutient que tout un chacun a le droit et la liberté de visiter un lieu unique comme les Cinq Terres et remet sur la table l’idée de créer un portail de réservations unique.
Celui-ci aurait pour but de permettre d’organiser le voyage en avance et la permanence dans chacun des villages en concomitance avec la capacité d’accueil des bourgs, afin qu’ils gardent leurs identités et restent vivables.

En revanche, la maire de la commune de Riomaggiore dont fait partie la fraction de Manarola, Fabrizia Pecunia ne l’entend pas de cette oreille !

Elle aussi insiste sur le fait que les villages de sa commune doivent rester vivables et sûrs. Elle a travaillé avec la protection civile pour mettre en place un plan de surpopulation en réfléchissant à un juste nombre de touristes pour un accés aux villages en toute sécurité, nombre ensuite communiqué à Trenitalia qui gère les arrivées.

« Nous avons défini le nombre maximum [de personnes] que notre territoire peut accueillir dans certaines zones et à des moments particuliers de l’année. Par exemple, à Riomaggiore, la capacité d’accueil maximale est de 9 990 personnes, à Manarola, 7 768. »

L’idéal serait de consentir l’accès sur réservation préalable, en donnant la priorité et des tarifs préférentiels au touriste qui séjourne sur place.
Elle plaide aussi des investissements sur les infrastructures comme les gares, non pas pour augmenter les arrivées mais pour accueillir le touriste de manière efficace.

« Il n’est pas seulement question du nombre [de touristes]. Nous sommes face au risque de mettre en danger les beautés d’un territoire fragile, de même que dans certains cas, la sécurité des personnes. »

À la fin, sans le nommer, tous sont en train de le préparer.

Le rendez-vous est donc pris avec la Région et le président Giovanni Toti devra trancher.

Ce mercredi 8 mai 2019, une table ronde se prépare à Gênes. Toutes les autorités concernées seront réunies. Toti a demandé au préalable de fournir des propositions et des données sur lesquelles travailler.

Pendant la réunion seront analysés les données numériques des nuitées aux cartes, jusqu’aux billets de train et plans de la Protection Civile dans le but d’établir un criblage complet de la saison touristique qui vient de démarrer et identifier les forces et faiblesses du territoire.

« Il faut une gestion des flux, pas un numerus clausus. »

Giovanni Toti, président de la région Liguria

Toti voit une gestion des flux touristiques scientifiques, qui parte des données sur les arrivées et les présences, et gère les groupes et les géolocalise, comme c’est déjà le cas dans certains «parcs d’attractions».

Tout est envisagé au point qu’on a même demandé au président de la région Toti de reprendre en considération l’étude de faisabilité qui prévoit le prolongement de la piste cyclo-piétonne Framura-Levanto jusqu’aux Cinq Terres, en utilisant les tunnels de chemin de fer désaffectés.

Et dans tout ça, la nomination de la nouvelle Présidente du parc, Donatella Bianchi, n’a pas encore été ratifiée par le Parlement, auquel Toti a demandé d’accélérer le processus.

Faudra-t-il donc que les visiteurs délaissent les Cinq Terres pour que les autorités en présence se décident concrètement sur ce numerus clausus ?

À force d’entendre parler en mal des Cinq Terres, ils pourraient bien décider de passer leur chemin.

Déjà de nombreux touristes se disent déçus de l’endroit à cause de l’impossibilité de circuler, du manque d’authenticité, des sentiers qui affichent fermés.

Si on en est là aujourd’hui c’est aussi parce que beaucoup (trop) de sentiers sont fermés, concentrant les flux touristiques dans les bourgs et créant des congestions.

Les touristes sont conscients que la préservation de l’environnement est primordiale et que ces directives seraient prises dans leurs intérêts.

Ce choix, même s’il fait polémique, est nécessaire pour préserver les territoires. D’autant que la situation a atteint des sommets depuis que La Spezia accueille des bateaux de croisières et que le nombres de visites journalières aux Cinq Terres a presque triplé.

Mais hélas, c’est ce qui arrive quand il y a de l’argent en jeu, beaucoup d’argent…
Les autorités ont sans doute peur qu’en instaurant un numerus clausus, le chiffre d’affaires des différents vecteurs chute.

La question donc reste entière !

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