Voyage au cœur de la montagne nourricière nommée Amiata

Notre voyage commence au début du mois de juin et la première chaleur s’est déjà installée. Dans la voiture, le parfum intense des genêts en fleur se répand par les fenêtres ouvertes et les yeux ne savent plus où regarder alors que nous roulons sur les petites routes de Toscane.
Dans les champs, le foin, déjà assemblé en meules, ponctue le paysage des douces collines de la Val d’Orcia.
Je sens, peu à peu, un bien-être m’envahir.

Il est bientôt midi. Nous venons juste de dépasser le 43° parallèle, comme l’indique un panneau jaune sur le bord de la via Francigena. Celle-ci se confond pendant plusieurs kilomètres avec une antique voie romaine, la via Cassia, qui relie Florence à Rome depuis le Ponte Milvio.
Notre destination est le petit bourg médiéval d’Abbadia San Salvatore, situé à 820 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur le Monte Amiata.
Alors que nous quittons la Cassia, l’air se fait plus frais. Nous dépassons bientôt Bagni San Filippo.
Nous y reviendrons plus tard.

Nous avons enfin atteint le territoire dont j’ai si souvent entendu parler.
L’Amiata.
Amiata, dont le nom dériverait de l’allemand Heimat signifiant Patrie.
Une montagne peu élevée, qui fut un volcan, il y a très, très longtemps.

L’odeur de souffre est d’ailleurs omniprésente alors que nous empruntons la SR 2 qui porte au cœur de cette contrée.

Lors de ce premier voyage sur l’Amiata, j’amène avec moi un carnet – chose que je n’ai pas fait depuis des lustres – certaine que j’aurai une tonne de sensations à y transcrire.

Bagni San Filippo

Après avoir effectué le check-in à La Bocca di Bacco et mangé un « boccone » (comprenez, après avoir fait un repas complet !), nous voici en route pour Bagni San Filippo.

Située à seulement quelques kilomètres d’Abbadia la petite station thermale de Bagni San Filippo est célèbre pour sa baleine blanche formée par les sédiments contenus dans l’eau qui sort de la montagne.

En cette première journée de voyage, nous consacrerons l’après-midi à un peu de relax aux thermes.
Datant du XIXème siècle l’établissement thermal dispose d’une piscine accessible à tous avec tarifs en journée ou demi-journée. Y sont disponibles vestiaires, douches, chaises longues et parasols.
Avec en prime le charme suranné des vacanze all’italiana d’antan!

Je me dis que les vacances ne pouvaient pas mieux commencer…

Attention: au moment où j’écris ces lignes, l’établissement thermal est fermé pour rénovation pour toute la saison.
Réouverture prévue en 2020.

Ce n’est que quelques jours plus tard que je découvrirai le Fosso Bianco !

Après une matinée de soins à l’institut thermal, Christian m’amène découvrir les piscines naturelles au milieu des bois, qu’il a arpenté un peu plus tôt alors que j’étais entre les mains de la masseuse.
J’en vois l’accès signalé sur la gauche alors que nous remontons depuis les thermes.
Nous sommes au début du mois de juin et en semaine, l’endroit est donc encore peu fréquenté.
Nous commençons à descendre vers la source par le chemin balisé et un peu escarpé. Au fur et à mesure que l’on se rapproche, l’odeur de souffre se fait plus forte.

Les bassins construits par les mouvements des eaux chaudes changent au fil des saisons. Ces piscines naturelles sont accessibles toute l’année.
Quel bonheur de s’immerger en pleine forêt, avec les gazouillis des oiseaux pour seule compagnie, dans une eau chaude et avec la sensation d’être presque seuls au monde !

La prochaine fois, j’aimerais faire ce que font les locaux.
Aller me baigner à la nuit tombée!

Abbadia San Salvatore

Le soir-même, à Abbadia, nous nous promenons au cœur du centre historique à la recherche d’un endroit où dîner, quand, sur la place Santa Croce, nous tombons par hasard sur Pierluigi Carli, aussi connu sous le nom de Piero.
Entre deux bavardages, il nous dit qu’il tient justement l’enoteca située un peu plus bas sur via Pinelli.
Intrigués par le personnage, nous le suivons jusqu’au restaurant.

Piero se révèlera être un hôte fantastique.
Durant notre repas à l’Enoteca Sala Carli, il nous racontera l’histoire de son illustre famille.

Sa maison fut le lieu de vacances de Lucien Bonaparte, Rossini ou encore Eleonora Duse, où ils étaient reçus comme des amis de la famille Carli. Sa famille est aussi à l’origine de la construction du Teatro Servadio, quelques mètres plus loin sur le via Pinelli.

Alors qu’une mélodie de Schubert, diffusé par un vieux gramophone commence à s’élever pour accompagner notre dîner, nous savourons de délicieuses bruschette à l’huile d’olive en guise d’entrée.

Le repas se compose ensuite des fameux « Pici di Piero », comme l’annonce le menu extérieur. Les pici, pâtes caractéristiques de cette région, sont cuisinés avec oignons, speck, chicorée rouge et saupoudrées de parmesan.
En plat de résistance nous optons pour le ragoût de sanglier.
Nous choisissons un Brunello di Montalcino pour arroser le tout.
En dessert, Piero nous propose la spécialité de l’Amiata : la Ricciolina, une tarte chocolat et amande.
Piero nous offrira aussi une liqueur de châtaigne fabriquée selon l’antique recette des moines de l’abbaye du Saint-Sauveur. Une petite merveille ! C’est ce moment-là que Piero choisira pour jouer quelques morceaux à l’accordéon.

Dans cette salle d’un autre siècle, regorgeant d’antiquités, les premières notes de Caruso emplissent la pièce. La magie du lieu a opéré!

Le dîner et le vin furent parfaits et nous laissèrent une impression de plénitude en ce premier soir.

(J’ai lu récemment des retours d’expériences peu élogieux chez Piero. Pour moi, cette rencontre et cette soirée resteront un des plus beaux souvenirs de ce voyage.)

Santa Fiora

Le premier matin sur l’Amiata nous sommes réveillés par les cloches de l’abbaye toute proche.
Nous devons nous rendre à Santa Fiora car Christian est en charge d’un travail pour le musée Miniere e Minatori.

Alors que nous prenons la voiture pour rejoindre Santa Fiora, à 20 km, nous goûtons à la fraîcheur de l’air matinal.

En ce deuxième jour, il est temps pour moi de commencer à découvrir l’histoire des mines de l’Amiata, dont le musée offre une présentation plutôt complète.
Pour le meilleur comme pour le pire, les mines ont marqué ce territoire.
Dans la seconde moitié du XIXème siècle, on a découvert d’énormes concentration de cinabre sous les pentes de l’Amiata, dont on pouvait extraire le mercure servant à l’industrie naissante.
Les mines restèrent ouvertes jusqu’aux années 1980 pour la plupart.

En fin de matinée, nous consacrerons du temps à la visite de la vieille cité. D’en haut, la vue sur les anciennes mines rappelle que nous sommes au cœur du bassin minier.

Nous descendons jusqu’à la Peschiera, un bassin d’aquaculture datant du XVIIIème siècle et voulu par la famile Aldobrandeschi sur lequel des familles de canards et autres anatidés ont élu domicile.
C’est un lieu paisible où la température est plus agréable.
Je me mets à penser que c’est l’endroit idéal pour un pic-nic et un après-midi de farniente dans le parc attenant.
Ce sera pour la prochaine fois!

Ce jour-là en revenant vers Abbadia, nous nous goutons les premières cerises de la saison.
Achetées pour une bouchée de pain chez un primeur, elles sentent déjà tellement bon l’été.
Nous ne sommes pas encore arrivés à l’hôtel que le sachet est déjà vide !

Les mines du Monte Amiata

Le lendemain nous partons à la découverte des mines autour de Santa Fiora, le Siele et le Morone.
Alors que notre voiture descend à vive allure un chemin au milieu des bois, un sanglier énorme traverse la route.
Et en trois sauts, il était déjà reparti au cœur de la forêt. Passé le premier choc, nous continuons vers la mine!

Sur le site de la mine de Siele, nous ne pouvons pas entrer. Les visites sont réglementées et nous arrivons un peu tard.

Mais quand nous arrivons sur le site du Morone, tout le site est accessible et à ciel ouvert.
En pénétrant dans les bâtiments abandonnés depuis les années 1980 on croirait marcher sur les lieux d’un massacre.
Contrairement à dehors, on n’entend pas un bruit.
La vie semble avoir abandonné les lieux, où pourtant la nature a repris ses droits.
Les traces de l’ancienne mine sont encore visibles partout, en témoigne la présence de nombreux wagons d’extraction du matériel.

Nous consacrons le dernier après-midi sur l’Amiata à la visite du Museo Minerario (musée minier) d’Abbadia San Salvatore ouvert depuis 2001 dans la tour de l’horloge, sur le site de l’ancienne mine.
À l’origine, ce corps de bâtiment faisait partie des bâtisses abritant les fours Cermak-Spirek, construits en 1898 sur un projet de l’ingénieur Vincent Spirek.

J’apprends que les directeurs de la mine d’Abbadia ont souvent été allemands jusqu’en 1915.
En effet, le 20 juin 1897, la société des mines de mercure du Monte Amiata est fondée à Livourne entre Vittorio Emanuele Rimbotti et des investisseurs de l’aristocratie allemande.
Les Allemands avaient déjà des intérêts en Toscane depuis que le Grand-duc de Toscane, Léopold II de Lorraine, avait nommé l’ingénieur allemand Théodore Haupt « Conseil royal pour les affaires liées aux mines ».
Les rapports entre la population locale et les Allemands ont toujours été très cordiaux jusqu’au départ de ces derniers lors du premier conflit mondial.
Les mineurs n’ont jamais oublié que deux ingénieurs allemands sont descendus dans une galerie de la mine remplie de gaz pour sauver la vie d’un mineur et de son caporal.

Le musée permet aussi de comprendre que l’extraction du mercure n’était pas inoffensive.
Les mineurs ont développé des maladies et en sont, bien souvent, morts.
Ou ont du vivre avec des corps mutilés.

La visite des sites miniers nous permet de comprendre un peu mieux ce territoire et de nous y attacher un peu plus.
La dernière rencontre du séjour achèvera de nous convaincre que l’Amiata est devenu un endroit cher à notre cœur.

À la recherche de la liqueur de châtaignes

Avant notre départ, il nous faut absolument trouver cette liqueur de châtaigne, goutée chez Piero, le premier soir. Nous décidons de nous mettre en chasse.

À l’hôtel, le propriétaire nous a dit que nous pourrions peut-être la trouver chez Lombardi & Visconti justement situé sur le site de l’ancienne mine.
Il n’en est rien.
Nous goûtons cependant d’excellentes liqueurs comme celle de « pere pisciole » (liqueur de jeunes poires), un vin à la cerise…
Un peu plus tard, nous ressortons du magasin un peu pompette!

La liqueur de châtaignes, nous la trouverons par hasard, chez Pinzi Pinziti, une épicerie située à quelques mètres de notre hôtel.
Nous sommes passés devant ce magasin plusieurs fois, intrigués par le bric-à-brac que l’on aperçoit déjà à l’extérieur mais nous n’avons pas encore poussé la porte de l’emporium : un bric-à-brac, qui sent (bon) le pecorino à peine le seuil franchi.

Je trouve la liqueur et me dirige vers la caisse.
Marcellina la propriétaire, un personnage hors du temps, me propose alors des « assaggi » de charcuteries et fromages.
Comment résister ?
Surtout après la dégustation improvisée un peu plus tôt!

Pendant que je goûte quelques spécialités, elle a pris soin d’emballer les petites fioles de liqueur comme d’inestimables présents.

En partant, avec sa voix fluette, Marcellina nous salue son adorable « Tornate presto » !

La légende du roi Ratchis

Nous consacrons également une partie de l’après-midi à la visite de l’abbaye du Saint-Sauveur d’Abbadia fondée en 762 par le duc des Lombards Ratchis.

Dans la chapelle du Saint-Sauveur, à droite de l’autel, la fresque du XVIIème siècle de l’artiste Francesco Nasini (1611-1695) retrace un épisode intéressant.
Celui de la fondation de l’abbaye.

Ratchis, originaire du Frioul, devient roi des Lombards d’Italie en 744.
À ce titre, il rejoint la Toscane qui lui appartient désormais.
Féru de chasse, il arpente tous les jours la forêt à la recherche de quelque gibier.
Jusqu’à tomber nez-à-nez avec une biche blanche.
Elle le guidera, à travers la forêt, vers un châtaignier.
Là, une voix interpelle Ratchis en criant :
– Ne tue pas, ô roi, si la couronne du royaume céleste signifie quelque chose pour toi!
Et Ratchis de répondre dans un mumure :
– Qui es-tu ?
– Je suis le roi des Rois.
– Et que veux-tu de moi ?
– Je t’ordonne, ô Ratchis, de construire en ce lieu une église en mon honneur !
Ayant dit ces derniers mots, l’apparition divine disparaît laissant sur le châtaignier une couronne d’or.

L’ église d’inspiration lombardo-romane, comme Sant’Antimo près de Montalcino, un peu plus bas dans la vallée de l’Orcia, aurait été bâtie là où le roi Ratchis a reçu l’apparition divine.

La crypte aux chapiteaux tous différents est aussi un des points forts de la visite. Sur l’un d’eux le roi Ratchis est représenté.

Les vacances touchent bientôt à leur fin et nous ne manquons pas de retourner dîner chez Piero, ce soir, avant de quitter l’Amiata, demain en début de matinée.


Notre voyage (re)commence, trois mois plus tard, à la mi-septembre et l’air s’est fait plus frais. Sur le papier c’est encore l’été.
Dans la voiture, le parfum intense des bois déjà humides se répand par les fenêtres à demi ouvertes et les yeux ne savent plus où regarder alors que nous roulons sur les petites routes de Toscane.
Dans les champs, le foin a disparu mais les douces collines de la Val d’Orcia sont toujours là.
Je sens, peu à peu, un bien-être envahir tout mon être.

Nous sommes de retour pour un week-end. C’est presque l’automne.
Le soir on commercera même à sentir les premières odeurs de feu dans la cheminée en se promenant dans les rues d’Abbadia et des averses raffraichiront notre séjour.

Nous avons cette fois choisi de séjourner au Piccolo Hotel Aurora qui dispose d’un Spa. C’est ce dont j’ai besoin à ce moment-là : un week-end loin de tout à se faire chouchouter.

Relax au Spa du Piccolo Hotel Aurora d’Abbadia San Salvatore

Nous en profiterons aussi pour visiter de nouveaux endroits comme la forteresse de Radicofani.

Les chevaux au pied du château

Alors que nous empruntons la route qui sillonne vers le village de Radicofani, je suis sur le point de piler sur le bord de la route.
Deux chevaux paissent tranquillement à quelques mètres de là.
Un blanc. L’autre marron.
Au-dessus d’eux la silhouette de la forteresse habitée un temps par Ghino di Tacco, le condottiere dont Dante et Boccaccio ont narré les exploits.

Ne pouvant accoster pour immortaliser ce moment, nous décidons de nous arrêter en redescendant.
Je m’aperçois que nous n’avons pas été les seuls à avoir cette idée!
Nous rencontrons un couple en moto qui s’est arrêté lui aussi, subjugué par l’image de ces chevaux, se fondant tellement bien dans le paysage de la Val d’Orcia.
Ils semblent posés là pour la photo.

Les deux jours passent à une vitesse éclair et c’est bientôt le moment de repartir.

Chaque fois l’Amiata m’aura offert un moment de détente, hors du temps, des soins pour me ressourcer et une cuisine simple aux riches saveurs du terroir.

En quittant les lieux, je me dis que mon histoire d’amour avec ce territoire ne fait que commencer.
J’en suis sûre!

Et, en effet, nous reviendrons sur les pentes de l’Amiata, au cœur de l’hiver, mais ceci est une toute autre histoire.

Monte Amiata : mon carnet d’adresses

Où dormir?

La Bocca di Bacco | Via Cavour, 80 – Abbadia San Salvatore
Hotel-Restaurant
Bon rapport qualité/prix. On y mange très bien.

Piccolo Hotel Aurora | Via Piscinello, 51 – Abbadia San Salvatore
Hotel doté d’un Spa, idéal pour un week-end (ou plus) aux petits soins.

Où manger?

Enoteca Sala Carli | Via Pinelli, 46 – Abbadia San Salvatore


Pinzi Pinzuti | via Cavour, 18 – Abbadia San Salvatore

Lombardi & Visconti SAS | Via Martiri di Niccioleta, 12 – Abbadia San Salvatore

Nuove Terme S. Filippo | Via San Filippo, 23 – Bagni San Filippo

Museo Minerario | Via Suor Gemma, 1 – Abbadia San Salvatore

Museo delle Miniere di Mercurio del Monte Amiata | Piazza Garibaldi, 23-24 – Santa Fiora


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