Comment l’Italie a affronté le Coronavirus (jusqu’ici)?

Coronavirus en Italie ou la lutte pour un retour à la vie (normale)

A l’heure où j’écris ces lignes, avec Christian, on ne sait toujours pas quand on pourra se rendre en Italie pour voir ses parents.
Initialement, il était prévu qu’on parte dans trois jours pour un long week-end. Week-end évidemment mis entre parenthèses depuis plus de trois semaines.
Et suspendus aux lèvres de Giuseppe Conte, plus anxieux que confiants, on attend.

Depuis les cas de personnes infectées par le coronavirus à Codogno, dans le nord de l’Italie, puis la mise en quarantaine de la cité lombarde, en province de Lodi, je tremble pour l’Italie.
Tous les jours, on suit les informations frénétiquement.
Mais on assiste impuissants à la situation qui se met en place progressivement.
Les bulletins d’Alban Mikoczy, journaliste pour France Télévision à Rome, sont devenus vitaux.
Autour de moi, depuis quelques semaines déjà, on me demande : « Vous allez pas en Italie, hein ? C’est dangereux ! ». C’est en fait ma grand-mère, qui paniquée par les images diffusées en boucle par les médias, a commencé à interroger ma mère épisodiquement.
Je réponds que l’Italie n’est pas plus dangereuse que la France. Et on compte bien s’y rendre dès que ce sera possible.

Oui, mais quand ?

Puis c’est le fameux confinement… annoncé sereinement par le premier ministre Giuseppe Conte le soir du 9 mars 2020.
La menace était sous-jacente depuis quelques jours et le couperet est finalement tombé : ce sera la quarantaine.
On demande à 60 millions d’Italiens de rester chez eux jusqu’au 3 avril.

Si tout va bien…

Le gouvernement prend des mesures drastiques pour protéger sa population.
Ces mesures ont pu sembler absurdes.
Irréelles même, vues d’ici.
Elles étaient pourtant nécessaires.
Même si c’est dur, la plupart des Italiens prend les choses au sérieux.
Et pour un peuple habitué à sortir manger une pizza entre amis à la moindre occasion, la fermeture des commerces et restaurants les uns après les autres a déjà fait figure de fin du monde.
Pensez alors ! Devoir rester chez soi H24…
Beaucoup, en revanche, continuent de sortir comme si de rien n’était… Qu’il est dur de penser bien collectif dans notre société individualiste.

Toute l’Italie se retrouve alors en cuisine. En Italie, quand tout va bien, on mange.
Et quand ça ne va pas ? Eh bien, on mange aussi !

Le premier samedi de quarantaine, les Italiens se mettent aux fenêtres pour chanter et jouer de la musique.
Ça tourne rapidement à la boite de nuit cette histoire et les plus ingénieux installent des dj-sets sur leurs balcons.
Ça fait le buzz!

En direct, de Gavinana au sud de Florence, le ténor Maurizio Marchini émeut le monde entier depuis son balcon, en chantant le Nessun Dorma tiré de l’Opéra Turandot de Giacomo Puccini, où Calaf chante un air de solitude en attendant des jours meilleurs.
Vous pouvez visionner la vidéo sur son profil Facebook.

« Dilegua, o notte! Tramontate, stelle! Tramontate, stelle! All’alba vincerò! Vincerò! Vincerò! »

(Dissipe-toi, Ô nuit ! Dispersez-vous, étoiles ! Dispersez-vous, étoiles ! À l’aube je vaincrai ! Je vaincrai ! Je vaincrai !)

Le « Vincerò » m’a toujours fait froid dans le dos (surtout quand c’était ma colocataire Romina, soprano au Maggio Musicale Fiorentino alors, qui le chantait).
Il prend soudain tout son sens.

Les élans de solidarité arrivent de toutes parts.

Avant ça la solidarité a déjà commencé à s’organiser.
La blogger de mode Chiara Ferragni et son mari le chanteur Fedez ont lancé une collecte de fonds pour le service de thérapie intensive de l’hôpital privé San Raffaele de Milan, siège de la faculté de Médecine, sur le site goFundMe.
Ce qui ne va pas sans polémique.
Au moment où j’écris ces lignes, l’objectif des 4M€ visés a été atteint et même dépassé.
Avec plus de deux cent mille donateurs.
Le nouveau service a depuis ouvert ses portes.

Le créateur Giorgio Armani a lui fait un don de plus d’un million d’euros à plusieurs hôpitaux italiens. Et même reconverti ses usines pour la production de blouses pour le personnel hospitalier.
Des footballeurs italiens à l’ancien Président du Conseil Berlusconi, en passant par les Benetton et les chanteurs, tous y sont allés de leur geste pour aider le personnel soignant.

Bono, le frontman de U2, dédie même une chanson à l’Italie.
Mon cœur se serre.

Je vis tout cela depuis la France mais mon cœur, à demi Italien, saigne !
J’ai même l’amère impression que l’Italie se bat seule contre cette pandémie.

Mes beaux-parents nous racontent quotidiennement comment est la situation à La Spezia, où ils vivent.
C’est un scénario invraisemblable. Je n’arrive pas à élaborer cette donnée.
Et je ne peux m’empêcher de me demander quand je pourrais retourner en Italie.

Le tourisme et l’artisanat sont frappés au cœur…

Ma belle Italie est en quarantaine et son économie, déjà fragile, souffre atrocement.
Un de ses secteurs les plus bénéfiques pour l’économie est touché au cœur : le tourisme.
Les stations de ski ont fermé les unes après les autres. C’est une fin de saison anticipée qui pèsera lourd sur le bilan de l’année 2020.
L’Italie a progressivement été délaissée des touristes dès la fin du mois du février.
Le Carnaval de Venise a été interrompu avant son terme devant la propagation massive du virus dans les régions du nord de l’Italie, Lombardie et Vénétie.
Voir les places italiennes vides des touristes me fend littéralement le cœur.
Les annulations de séjours arrivent de toute part.
Certains pourtant, au lieu de la simple annulation, demande le report du séjour après la crise.
C’est encourageant mais les hôteliers ont très peur pour cette saison 2020 si mal engagée.
Et craignent une reprise de l’activité à l’horizon 2021.

Si tout va bien…

Mais je me dis qu’au fond, les touristes ne bouderont pas éternellement l’Italie.
Dario Franceschini, Ministre de la culture et du Tourisme, a même annoncé un plan pour le tourisme et la culture avec notamment une campagne de promotion spéciale de l’Italie dans le monde.

Ayant travaillé dans ce secteur pendant presque quinze ans, je fais partie de groupes d’hôteliers sur Facebook.
Une hôtelière romaine a partagé avec émotion, un mail reçu par ses clients.

Ces clients souhaitent que leur séjour prépayé soit reversé aux services hospitaliers.
Ils paieront à nouveau quand ils séjourneront.

En fait, ce qui fait le plus mal depuis le début et commence à me révolter, c’est ce dénigrement vis-à-vis de l’Italie, cet Italian bashing ambiant.
Le même qui a touché le peuple chinois au début de la pandémie.

Comme toujours, l’Italie en fait trop, entends-je même ! Ces mesures ne servent à rien.
Un peu de respect, pour un peuple qui vit un moment si difficile, c’est trop demandé ?

L’Europe et la France ont regardé l’Italie de haut alors que l’OMS se félicitait des mesures prises par le gouvernement de Giuseppe Conte.

Plus que jamais je me sens Italienne en ces heures difficiles.

La vision de cette vidéo de Svevo Moltrasio m’a profondément émue.

Puis c’est notre tour !
Après avoir déridé l’Italie pendant des semaines, la France entre à son tour en quarantaine.
J’ai l’impression d’y être déjà depuis une semaine.
Mais ce n’est qu’une impression. Les premiers jours sont étranges, voire difficiles.

C’est un sentiment difficile à définir : d’un côté, je comprends tout à fait cette mesure et de l’autre, je pense à la vie qui s’arrête.
Partout.

Alors on essaie de tenir le coup, on s’accroche à l’après, mais regarder les infos en boucle, les réseaux sociaux, est totalement anxiogène. Je ressens le mal-être des gens.

Je suis normalement quelqu’un d’assez casanier. J’adore m’isoler avec un bon livre, cuisiner, étudier…

Mais pendant la première semaine suite à l’annonce d’Emmanuel Macron, je n’ai réussi à rien faire… ou presque.
À part consulter les réseaux sociaux, regarder la courbe des contaminés, lire des articles de fond et rire sur les rayons de papier toilette vides !

20 jours seulement séparent ces deux clichés de la situation en Italie…
Le 10 mars, on en était seulement au début.
Sur le site de la Protection civile italienne, on peut voir l’évolution du virus.
Le site est mis à jour chaque jour avec les données connues à 17h.

Puis les images de la colonne de chars de l’armée italienne transportant les corps des morts par Coronavirus de Bergame vers les autres provinces pour les faire incinérer ont fait le tour du monde en quelques heures.

L’Italie pleure ses morts.
Le pic de contamination atteint son apogée quelques jours plus tard. (On espère!)

Il est soudain fini, le temps de chanter aux fenêtres…
Et puis, la donnée tombe. Cinglante.
L’Italie a dépassé la Chine en nombre de morts…

Des médecins chinois arrivent en renfort alors que l’épidémie semble se terminer à Wuhan et dans la province de Hubei.
Tandis que l’Europe est toujours incapable de venir en aide à l’Italie.
Mieux on séquestre sa cargaison de masque en République Tchèque.

Dans le même temps, d’importantes aides arrivent même de trois pays aux régimes politiques pour le moins discutables sinon totalitaires… J’ai nommé Cuba, la Chine et la Russie.
Mais vraisemblablement, la solidarité ils connaissent.

Enfin, quelques jours plus tard, l’Allemagne se dit prête à accueillir les six premiers malades italiens…
On se sent Européens tout d’un coup…

Des renforts arrivent aussi d’Albanie.
Dans son message, le premier ministre albanais remercie l’Italie de l’avoir aidé dans la guerre du Kosovo et d’avoir accueilli beaucoup d’Albanais depuis.
Christian a combattu cette guerre dans la Marine italienne, du haut de ses 19 ans.
Ce message nous touche profondément.

Je ne sais pas quand je pourrai à nouveau franchir la frontière et respirer à plein poumons l’air de Ligurie !
Ce sont des jours tristes et j’ai peur pour ce pays que j’aime tant, ce pays qui m’a tellement offert.
Depuis que je suis toute petite.

Pour un pays où rien ne fonctionne jamais, il est émouvant de voir combien les Italiens ont su se montrer solidaire, en respectant en grande majorité le confinement.

Il y a même des choses positives dans ce confinement : notre empreinte écologique a diminuée en partie.
Je souhaite de tout cœur que cette crise nous aide à prendre conscience de nos actions sur la planète. Entre autres choses…
À peine dix jours après le début du confinement de toute l’Italie, les canaux de Venise retrouve la couleur bleue qu’on ne lui voyait plus depuis le siècle dernier.

Puis quelques bonnes nouvelles arrivent enfin : le premier patient, Mattia, cet homme de 38 ans, est sorti de l’hôpital, une vieille dame de 95 ans a vaincu la maladie.

Et cette fichue courbe ne monte plus.

Coronavirus. Et après?

L’Italie se relèvera. J’en suis sûre!

Mais à quel prix?
Seul l’avenir nous le dira…

Dès que cette crise sera finie et qu’une vie « normale » reprendra en Italie, je sais qu’il y en a beaucoup qui, comme moi, n’hésiterons pas à faire leurs valises et repartir à la découverte de ce merveilleux pays.
Malheureusement il y a ceux qui continueront d’associer l’Italie à un lieu dangereux.

Mon vœu le plus cher au moment où je rédige ces quelques lignes : être déjà au jour où je vais pouvoir faire mes valises pour repartir vers l’Italie.

Plus que jamais projetons-nous dans un futur proche (on espère) et pensons au moment où nous pourrons tous ressortir en groupe, aller manger une pizza pour fêter le bonheur d’être ensemble.
Rire et trinquer à la Dolce Vita, avec nos êtres chers.
J’ai d’ailleurs des images précises qui me viennent à l’esprit des choses que j’ai hâte de faire dès que je pourrai de nouveau franchir la frontière italienne.

Boire un caffè au bar et le savourer de la première à la dernière gorgée, en écoutant la rumeur des conversations autour de moi

Revoir Florence, me promener dans ses rues remplies de touristes

Prendre un aperitivo en admirant le coucher de coucher sur Riomaggiore avec quelques fèves et un verre de Vermentino

Une pizzata avec les copains

Un pic-nic à la campagne, en mode Pasquetta posticipée

Respirer la brise marine sur les 8000 kilomètres de côtes italiennes

Revoir les mamies italiennes assises sur leur pas de porte en train de tricoter ou faire des pâtes.

Sillonner les routes de la péninsule en Vespa comme dans la chanson de Lunapop con le ali sotto ai piedi

De longues vacances d’été dans un maison du Sud de l’Italie

De longues soirées sur la plage à profiter de l’instant présent

Le B-A BA de la Dolce Vita.
Retrouver une vie faite de plaisirs simples mais tellement italienne.
Pour profiter de chaque instant.

D’aucuns disent que ce qui viendra après n’en sera que mieux.
Je veux y croire car « chi la dura, la vince ! »

Andrà tutto bene!
En attendant, on reste chez soi…

P.S. : J’ai écrit ces lignes en écoutant le groupe du Salento Negramaro et leur reprise de Meraviglioso (initialement une chanson de Domenico Modigno).

Un de mes groupes préférés

Ma come non ti accorgi (Mais comment ne remarques-tu pas)
Di quanto il mondo sia (Combien le monde est)
Meraviglioso (Merveilleux)
Meraviglioso (Merveilleux)
Perfino il tuo dolore (Même ta douleur)
Potrà guarire poi (Guérira alors)
Meraviglioso (Merveilleux)
Ma guarda intorno a te (Mais regarde autour de toi)
Che doni ti hanno fatto (Quels cadeaux ils t’ont fait)
Ti hanno inventato il mare (Ils ont inventé la mer pour toi)
Tu dici non ho niente (Tu dis je n’ai rien)
Ti sembra niente il sole? (Le soleil te semble-t-il rien?)
La vita (La vie)
L’amore (L’amour)
Meraviglioso (Merveilleux)
Il bene di una donna (L’affection d’une femme)
Che ama solo te (Qui ne t’aime que toi)
Meraviglioso (Merveilleux)
La luce di un mattino (La lumière d’un matin)
L’abbraccio di un amico (L’étreinte d’un ami)
Il viso di un bambino (Le visage d’un enfant)
Meraviglioso (Merveilleux)

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